J’observe, j’écoute, je questionne, je converse…
Mon voyage au village d’Amani Koro m’a guidé vers une quête photographique sans prémices. Là-bas, l’idée même de capturer
des images n’avait pas d’ancrage en moi. J’ai plutôt choisi de m’envelopper dans l’essence même de ce village. J’ai écouté avec
curiosité les récits tissés par notre guide, des récits qui, bien que riches, n’évoquaient pas d’images à ériger dans ma vision. J’ai
laissé la lumière être mon guide, aspirant à découvrir l’insaisissable.
Après plus de trois heures de route, le voile du voyage s’est levé pour révéler les visages enchanteurs de ces hommes et femmes,
des visages qui appellent à être immortalisés.
Pourtant, je sais que maints artistes ont déjà gravé ces traits sur la pellicule, c’est alors que se pose la question : comment le la-
beur du cacao sculpte-t-il leurs corps, modelant mains et pieds par la dureté du travail quotidien ?
J’ai alors choisi d’immortaliser ces mains, ces pieds, ces membres qui entretiennent une connexion permanente avec le cacao, ces
parties du corps qui portent l’empreinte du labeur acharné, une empreinte peut-être absente des visages des cultivateurs. À tra-
vers mes photographies, je sonde la dignité profonde de ces travailleurs, et c’est pourquoi j’ai opté pour ces fragments du corps,